Après la cérémonie d'accueil s'est suivie dans la salle Bimbia, la première séance d'échanges entre les membres du comité chargé du rapatriement des biens culturels illicitement exportés, des deux parties. Il est question ici, pour les présidents de commissions de la partie camerounaise de présenter des communications en rapport avec leurs thèmes.
Sous la modération de Monsieur le Secrétaire Général du Ministère des Arts et de la Culture, les échanges de cette première journée ont porté sur quatre thématiques clés.
Diplomatie culturelle et coopération Sud-Sud : Exposé par le Professeur KEMOGNE Basile, Président de cette commission et par ailleurs Inspecteur Général du Ministère des Relations Extérieures. Le président a présenté un exposé sur les quatre préoccupations
suivantes:
-Les outils de pression dont nous disposons, pour contrer les arguments juridiques que nous opposent les détenteurs occidentaux de notre patrimoine;
-Les mesures d'utilisations des accords commerciaux Nord-Sud comme evier, pour inclure des clauses de rapatriement des biens du patrimoine.
-l'existence ou non d'un cadre légal qui regroupe les pays du Sud, dans leurs revendications commune à l'égard des pays occidentaux, en matière de restitution des biens culturels
coloniaux .
-Et, si un tel cadre existe, la possibilité pour la Colombie d'être intégrée, en tant que pays du Sud qui protège ses biens culturels contre le trafic illicite ou la prédation de marthands véreux.
De la saisie à la preuve: saisies et procédures judiciaires .Exposé par le Professeur SIETCHOUA Célestin, Directeur des Affaires Juridiques au Minac, ce dernier a développé le droit sur les procédures relatives au rapatriement des biens culturels illégalement, exploités à l’étranger. Il est question d’une analyse du régime du rapatriement des biens culturels, à la suite de l’analyse à la fois de la loi de 2013 , complété par son décret d’application de 2020, l’arrêté de 2022 sur le comité interministériel et la décision de 2024 mettant en place les commissions au sein dudit comité. Il a ressorti que le droit du rapatriement est constitué de deux caractéristiques qui font son identité. Premièrement le comité interministériel comme organe essentiel en charge du rapatriement. Deuxièmement les négociations diplomatiques pour conduire les opérations de rapatriement.
Prévenir le trafic illicite: surveillance, bases de données et coopération internationale .* Développée par Madame EDJOA Akoa, Directeur du Patrimoine Culturel au Minac, elle a mis en exergue la lutte contre le trafic illicite au Cameroun, en évoquant la mise en œuvre de la convention 70 de l’Unesco qui porte sur la lutte contre le trafic et qui décide des biens culturels. En ce qui concerne le Cameroun, le Ministère des arts et la culture qui est chargé des questions de trafic des biens culturels, a pris des mesures en mettant sur pied un inventaire pour pouvoir protéger les biens culturels. Un processus qui se fait chaque année, et permet ainsi d’avoir une base de données consistante pour pouvoir identifier les biens culturels camerounais. A la suite de cet inventaire, toujours dans le sillage de la lutte contre le trafic des biens culturels, des partenariats ont été établis avec les forces de l’ordre et de sécurité à savoir: la gendarmerie, la police, la douane sur la nécessité de préserver le patrimoine culturel en temps de Conflit. En ce qui concerne la plate-forme mise en place pour regrouper le Ministère des arts et de la culture, et les forces de l'ordre, des campagnes de lutte contre le trafic illicite s’intensifie. Ces inventaires permettent de connaître les objets culturels avec l’appui de l’Unesco sur le plan international en fournissant une base de données des objets perdus.
Structurer la preuve; de la provenance à la négociation : exposé par Madame OLEMBE Esther, Directeur des Archives Nationales, elle s'est appesanti sur un cas pratique. Dans un système centré sur la lutte contre le trafic, la restitution intervient comme l'aboutissement d'une procédure judiciaire. Mais lorsque les objets sont anciens, dispersés, intégrés à des collections étrangères, la logique change profondément. Il ne s'agit plus seulement de démontrer une illégalité, mais de construire une légitimité.
Cela suppose d'identifier précisément les objets, de reconstituer leur trajectoire historique, de qualifier les conditions de leur sortie, et de formuler une demande structurée articulant droit, histoire et diplomatie. La restitution ne repose plus seulement sur des faits: elle repose sur une architecture de preuve.
Le cas camerounais illustre l'ampleur de la tâche. Une part considérable de notre patrimoine se trouve à l'étranger : plus de quarante mille objets identifiés dans les seules collections allemandes, ainsi qu'un nombre important de restes humains une catégorie qui appelle des protocoles spécifiques. Une telle échelle interdit l'improvisation au cas par cas : elle impose une réponse méthodique, construite avant d'être déclarée. C'est aussi pourquoi la partie camerounaise n'a pas encore formellement répondu à la partie allemande: ce silence relatif n'est pas une hésitation, mais la condition d'une position solide.
Construire la légitimité comporte enfin une dimension interne, trop souvent négligée. La restitution touche les quatre aires culturelles du Cameroun ; conduite sans précaution, elle peut devenir un foyer de tension entre communautés La recherche de provenance sert donc aussi à établir, avec les communautés concernées, qui sont les dépositaires légitimes et où les objets doivent revenir - avant même que l'objet ne rentre. Cette difficulté n'est pas propre au Cameroun: la Colombie elle-même, consciente de l'enjeu, a récemment temporisé sa demande relative au trésor Quimbaya, le temps de clarifier à qui les pièces devraient revenir.
La question du destinataire légitime est donc partagée et centrale.
Une singularité juridique redouble cette prudence. Au regard du droit international, le Cameroun n'a jamais été une colonie au sens strict. Le régime allemand établi à partir de 1884 fut, dans sa forme, un protectorat (Schutzgebiet) fondé sur des traités passés avec des autorités locales — et non une administration de type colonial. Après la Première Guerre mondiale, le territoire passa sous mandat de la Société des Nations, puis sous tutelle des Nations unies. Du protectorat au mandat, puis à la tutelle, le Cameroun fut géré à la manière d'une colonie sans jamais en avoir le statut. Cette particularité, longtemps restée en arrière-plan, ressurgit avec la question de la restitution et en complexifie le traitement : la puissance qui a emporté l'essentiel des objets n'est pas celle qui a administré le territoire par la suite, et le régime applicable soulève des questions de statut et de succession D'état.
C'est pourquoi l'État du Cameroun retient un principe clair : la restitution se conçoit d'État à État, et non comme une négociation directe entre les pays détenteurs et les communautés — voie que ces pays tendent, pourtant, à privilégier. Traiter directement avec les communautés fragmenterait la revendication, contournerait l'État, risquerait de raviver les tensions entre aires culturelles, et permettrait d'éluder les questions de fond, à commencer par celle des réparations. La restitution d'État à État n'est pas une formalité protocolaire : c'est une garantie de souveraineté, d'unité nationale et de cohérence de la demande.
Au terme de cette première journée riche en partage d’expériences, la délégation Colombienne a exprimé sa profonde gratitude pour la qualité des informations mises à leur disposition.






